Teïma al-Khouli est une jeune
fille de 14 ans vivant dans le camp al-Ihsân, à Halba dans le nord du Liban, là où
plus de 260 000 Syriens ont trouvé refuge. Originaire du village Aïn
el-Tannour à proximité de Qusayr, elle a fui avec ses parents et son grand
frère les bombardements intenses qu’a connus cette région de la Syrie à partir d’avril
2013.
Arrivée sur le territoire libanais le 1er mai, la famille
accompagnée de sept autres personnes est passée par la ville d’Arsal comme la
majorité des réfugiés. Ayant illégalement franchis la frontière pour éviter aux
hommes d’être arrêtés par les gardes-frontières syriens, le groupe a été appréhendé
par les autorités libanaises. Il a alors été emprisonné trois jours pour cette
raison puis relâché du fait de la présence de plusieurs enfants en bas âge.
Après un nouvel arrêt de deux jours à Beyrouth, la famille a
finalement pu rejoindre le frère du mari, qui était déjà installé au Liban
avant le déclenchement dans son pays d’origine. Habitant la localité de Wadi
al-Jamous, à dix kilomètres de Halba, la famille al-Khouli est venue s’y
installer pendant deux mois. Le frère ne pouvant les accueillir, ils ont dû
louer un appartement pendant cette période jusqu’à ce qu’une maison de fortune
dans le camp soit en état d’être habitée dignement.
Installée dans le camp depuis cinq mois,
Teïma a tous les membres de sa famille à ses côtés. Dans l’école primaire informelle
créée au sein du camp, une feuille dessinée par les enfants laisse entendre que
ces derniers ont perdu des membres de leur famille. La plupart des 35 familles
composant le camp sont touchées par la perte d’un proche ; celle de Teïma
fait partie des rares épargnées.
Son père a été blessé par balle à la
main droite, alors qu’il se trouvait au
domicile familial. Le reste de la famille a été épargné. Handicapé de la main
droite, il ne peut plus travailler. Son frère travaille quant à lui très
rarement, le conflit l’ayant mené à un état de fatigue constant. Sa mère
tricote des écharpes et des jupes en laine pour sa fille et elle-même, et tente
de les vendre à l’extérieur difficilement.
Dans ce contexte, les activités sont
rares. Teïma suit une formation professionnelle en infirmerie au centre
arcenciel de Halba depuis novembre 2013. arcenciel prête en effet ses locaux à
l’ONG internationale Danish Refugee Council (DRC) pour cette formation à
destination des femmes syriennes depuis cette date. Elle aimerait en faire son
futur métier lors de son retour en Syrie.
La Syrie reste le principal sujet de
conversation de sa mère avec les voisines, les bons souvenirs comme les plus
sombres. Pour s’occuper, Teïma et son frère aiment dessiner. Contrairement à la
plupart des plus jeunes, leurs dessins ne comportent pas de référence à la
violence dont ils ont été témoins en Syrie. Natures mortes et paysages exotiques
y figurent en bonne place, le drapeau de la Syrie libre aussi.
Pour l’instant, leur réalité se cantonne
à un espace de 1200 m² pour 35 familles. Le retour en Syrie est le souhait de
tous, les mois passent et le conflit
persiste.






