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| Khaled al-Meiss |
Khaled al-Meiss est un homme jovial, dont la bonne humeur semble être une seconde nature. Alors que la présence des réfugiés sur le sol libanais est devenue un sujet qui lasse, fâche et met souvent en colère les populations locales, il va à contre-courant et fait de l’entraide une ligne de conduite dont il ne dévie pas. Habité par la certitude d’être dans le droit chemin, aucun argument en défaveur de son engagement auprès des réfugiés, ne semble le toucher et il reste inébranlable dans ses convictions.
Il nous raconte comment son action auprès des populations syriennes a débuté lorsque, un soir, il trouve sur le bord du trottoir de son immeuble une famille désemparée, sans ressource et sans abri. Il n’a pas hésité une seconde et sans plus réfléchir il leur a ouvert les portes d’un immeuble en construction adjacent qui lui appartient. Plus de 16 familles vont s’y succéder, gratuitement logées. Il prend en charge l’eau et l’électricité et offre même une aide financière aux plus démunis. Entre-temps les Nations Unies ont fait construire deux maisons en bois sur le même terrain afin de lui permettre d’augmenter sa capacité d’accueil contre une contrepartie financière. Il aurait donc pu percevoir un loyer, mais se refuse à le faire.
Son aide s’organise et il la gère d’une main de fer. Il a instauré une règle principale : à chaque fois qu’une famille accueillie commence à acquérir une autonomie financière, elle doit céder la place à une famille arrivante. Seules les familles dont la situation reste très précaire ont le droit de rester comme cette veuve avec 5 enfants, dont une fille lourdement handicapée. Les départs se font sans tiraillement, les bénéficiaires acceptent les règles et la logique de cette hospitalité de circonstance et savent que la chance qu’ils ont eue se doit d’être partagée. La réputation du lieu se répand comme une traînée de poudre. Les familles syriennes hébergées ayant rapidement relayé l’information, comme une bonne adresse est communiquée entre des potes.
Quant à la question de ses motivations, il répond sans hésiter que c’est une question humanitaire et qu’il est impossible de rester indifférent et de marbre face à une situation tragique. Il évoque surtout sa foi profonde en Dieu qui sous-tend son action. « Dieu rend au septuple une bonne action » dit-il, « Aider, c’est éloigner le malheur des siens ». Son action n’est autre qu’une application de la « sadaka », cette aumône qui est don de soi envers l'autre et qui consiste à reverser et distribuer aux pauvres, aux nécessiteux ce qu’on possède en trop.
Et à la question de savoir s’il pourra répondre encore longtemps à une demande en continuelle augmentation,il affirme qu’il n’est pas inquiet tant que Dieu place sur son chemin de généreux donateurs qui soutiennent son action et des associations comme arcenciel avec qui il collabore étroitement pour faire profiter les réfugiés des services qu’elle offre.
Si la solidarité libanaise envers les Syriens est souvent complexe et cache divers enjeux, ce cas constitue le témoignage véridique d’une philosophie de l’entraide, soutenue par la foi, qui engage tout homme qui en a les moyens, à aider un autre dans le besoin. Dans une situation devenue si complexe et si déshumanisée où de telles actions se font de plus en plus rares, cet esprit de solidarité ne peut que contribuer à soulager les difficultés des réfugiés et par ce biais, à améliorer leurs relations avec le pays d’accueil.





